Depuis 50 ans en Papousie !


LES FILLES DE LA SAGESSE EN PAPOUASIE

Article paru dans LES NÔTRES juin 2009 no 194

 En partant pour la Papouasie, trois Filles de la Sagesse racontent, dans les Nôtres de février 1962, leur Odyssée qu’elles ont intitulée : «En route vers l’inconnu». Nous les imaginons  quand elles débarquent au Quai(?) de Kiunga, le 9 décembre, dans la nuit noire. Elles devront attendre jusqu’au lendemain pour un premier coup d’œil sur l’inconnu, terme de leur voyage. Ce qui donne le temps de les présenter: Sœur Isidore (Albina Génier), Supérieure et enseignante, Sœur Estelle Desjardins, infirmière et Sœur Laurette Ricard, enseignante. Ce qu’elles voient le lendemain, un espace dégagé où dort un troupeau de souches. Les Pères ont fait reculer la brousse à une distance polie et respectueuse. Dans cet espace: une église, la maison des pères et une école, bâtiments que convoitent déjà  les termites, et leur propre résidence, de matériaux plus durs à avaler,  dans laquelle elles ont dormi sans l’avoir vue.
 
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 L’important, une rencontre avec les Papous comme celle vécue par les Pères Lausier et Cormier, il y a deux ans. Deux mondes,  deux inconnus. Je suis certain que les yeux des Sœurs avaient doublé de grandeur et d’acuité pour ne rien manquer. Et j’imagine les Papous à la vue de ces femmes au visage pâle et vêtues de blanc de pieds en cape. Probablement les premières  femmes blanches à fouler le sol de Kiunga. Il y a un apprivoisement qui s’impose d’un côté comme de l’autre. On s’y met tout de suite avec la traduction simultanée fournie par les Pères,  si bien que les débuts ne se passent pas trop mal.

 Pour sœur Estelle, l’apprivoisement est presque instantané, elle reçoit tout de suite les médicaments, les pansements et des malades, la rougeole est dans l’air. Sœurs Isidore et Laurette, auront un peu plus de temps pour s’acclimater, la rentrée des classes n’aura lieu qu’en février..  
 

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Voici deux événements racontés par Sœur Laurette, ils font partie de leur initiation.

PREMIER NOËL À KIUNGA

 Notre premier Noël à Kiunga revêt un caractère spécial: loin de nos parents, de nos amis, de nos Sœurs par la distance, nous serons proches par la prière et le souvenir. Personne ne sera oublié à la messe de minuit.
 À 11 heures, les gens se dirigent vers l’église. Dans le lointain des petits fanaux apparaissent, les familles entières s’en viennent à la messe de minuit, jusqu’au plus petit bébé   suspendu au cou de sa mère dans un filet. La soirée est très belle et les étoiles scintillent; nous partons cependant avec nos mantes de pluie sous le bras un peu avant la messe, car à 11h 30 il y a des baptêmes.
 Au son des cantiques de Noël, les gens gagnent leurs places. Le Père Cormier entre avec les trois garçons pour le baptême, chacun accompagné de son parrain. La cérémonie est impressionnante et se fait en anglais. Indopkok devient Pierre,Wang, Jean et Icmop, James. Ils  sont placés en avant dans le chœur pour que tout le monde puisse les voir. Ce sont les trois premiers baptisés à la mission.
 À minuit la messe commence dans le plus grand recueillement. Les Pères chantent le propre et les catéchumènes le commun. Ils ont trois pratiques de chant par semaine avec les cours de religion. La messe est chantée par le Père Vanier. L’autel est décoré de cannas rouge feu et de petites feuilles de palmiers. Et la crèche? Elle a été faite par les garçons sous la direction du Père Cormier. C’est une maison du pays de feuilles tressées et entourées de palmes. C’est très joli! Mais voici qu’une pluie diluvienne se met à tomber et nous devons changer de place, ce qui n’empêche nullement l’office de continuer. Pendant la messe de l’aurore et celle du jour nous chantons à pleine voix, en «Motu» et sans comprendre, des cantiques sur des airs de Noël connus.
 Puis tous  rentrent  chez eux sous la pluie battante; il en est tombé 4 pouces cette nuit. C’est comme cela toutes les nuits. Puis c’est le réveillon. Les Pères ont vu à la table. Ils ont toutes sortes de délicatesses qui nous touchent. Le Père Lausier nous a fait des beignes et une bonne tarte aux pommes. Le Medical (le préposé à l’hôpital) nous a envoyé une bouteille de champagne...

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LA RENTRÉE DES ÉLÈVES

 Le 14 février nous amène  l’agréable surprise d’une rentrée de 78 élèves; à la fin de la semaine, nous en aurons 92 dont 42 en première année.
 Que dire de nos élèves? Voici mes constatations après un certain temps d’enseignement. Ils sont très dociles, aucune difficulté de discipline et quand on a des garçons de 18 et 21 ans cela pourrait être difficile. Car j’ai un élève de 5ème qui a 21 ans. C’est un infirme qui a tout le bas du corps paralysé et ici comme les chaises roulantes n’existent pas, il marche sur ses mains et tout le reste du corps suit. Avec cela il est partout et toujours de bonne humeur. L’autre jour, il s’en allait sur le chemin en chantant: «O my Darling Clementine».
 Mes élèves ne sont pas tous aussi âgés. Ils ont à peu près 12 ou 13 ans. Ils travaillent bien en classe, ils sont très studieux. J’ai une petite bibliothèque dans la classe et dès  qu’ils ont un moment de libre, même aux récréations, ils ont le nez dans ces livres. La grande difficulté c ‘est qu’il faut des illustrations pour tout ce que nous disons car ils n’ont rien vu, mais je vous assure qu’ils questionnent chaque fois qu’ils voient une image nouvelle. Quoi encore ? Ils sont très pieux, même s’ils sont presque tous païens. Nous n’avons que 6 baptisés sur 92 élèves. Mais au moment de la prière ils ont tous les mains jointes et récitent le Notre Père, le Je vous salue Marie, le Je crois en Dieu et l’Angelus qu’ils connaissent par cœur.
 J’ai 9 élèves en 6ème dont une fille, et en 5ème 13 garçons et une fille. 23 élèves, c’est un beau groupe.
 Maintenant une rapide description des classes. Comme grandeur à peu près 18 par 20 pieds. L’intérieur n’est pas encore peinturé. Les pupitres viennent de l’ancienne école, les Pères n’ont pas eu le temps d’en faire et il n’est pas question d’en acheter. À l’arrière de ma classe, à droite, la bibliothèque est surmontée d’un globe terrestre. Le mur arrière est couvert de trois belles cartes géographiques: les îles du Pacifique, l’Amérique du Nord et l’Europe. Le mur gauche arbore une grande carte du monde et le reste est une grande fenêtre. En avant deux tableaux noirs prennent toute la place et au-dessus un crucifix et une image de la Vierge. Dans l’espace entre les murs,  23 figures noires. Mes élèves. On oublie vite la couleur de la peau et on voit vite les différentes personnalités. Il y a des élèves très intelligents qui, avec le développement voulu pourraient aller très loin, mais pour le moment le plus haut poste qu’ils peuvent ambitionner c’est celui de policier.

 Je n’ai pas mentionné nos pensionnaires. Nous en avons 50 aux frais de la mission. Ils ont une grande maison divisée en 5 chambres et un garçon est responsable de la cuisine et voit à ce qu’ils se couchent à l’heure ( à dix heures). Le samedi et le dimanche, ils sont libres et on ne les voit pas de la journée. Ils vont à  la pêche, à la chasse ou simplement dans le bois. Ils reviennent le soir avec plusieurs petits poissons. Ils font leur propre lessive et, en général, ils  sont propres. Ils posent même des pièces à leur culotte. Ce n’est pas parfait mais ça tient. Et tous ensemble ils sont heureux. Voila pour le moment, tout ce que je peux vous dire sur les Papous. À la prochaine fois.

 Note: Au mois de mars, les Sœurs Imelda Benoit et Marie Marthe Blais sont arrivées pour aider les enseignantes.

Sœur Laurette, fdls