Célébrer son 50e anniversaire...

HOMÉLIE
PAR BERNADETTE PAQUETTE,
FILLE DE LA SAGESSE

Quand un couple de chez-nous a célébré son 50e anniversaire, je leur ai demandé  quel était leur plus grand souhait,et le mari de répondre le visage tout en soleil:
“un autre 50 ans!” 
J’imagine chères jubilaires, que vous arrivez vous aussi le coeur battant comme au premier jour de cette aventure qui vous a conduites  jusqu’à aujourd’hui.

Les textes de la fête du Sacré Coeur de Jésus, choisis pour la circonstance, expriment très certainement les sentiments qui sont vôtre en ce moment. En plus, si vous  les avez choisis, c’est que dans  la prière et la réflexion vous aviez déjà découvert la richesse qu’ils contiennent. 

L’histoire du prophète Osée, nous la connaissons bien ... Cependant  deux faits d’importance de sa vie valent d’être relevés :
d’abord,  l’appel que Dieu lui adresse et l’expérience d’infidélité de la part de son épouse dont il souffre profondément. Pourtant,  jamais il n’a cessé de l’aimer. Comme le berger qui cherche la brebis perdue, et se met en route pour la ramener. Ce qu’il faut retenir pour notre propre vie, c’est que l’amour qu’Osée éprouve pour son épouse, que le Bon Pasteur éprouve pour sa brebis, n’est qu’un pâle  reflet de l’amour persévérant et fidèle de Dieu à l’égard de chacun-e.

Si vous me permettez, j’ai choisi d’aborder cette réflexion, en me servant d’une légende hindoue qui, par son symbolisme, décrit relativement  bien l’événement qui nous rassemble.  
En résumé donc, la voici.

Il y a fort longtemps existait un chevreuil dont les narines étaient sans cesse attirées
par un très fort parfum de musc. Il montait les pentes vertes et sentait ce parfum étonnant, pénétrant et subtil. Il se faufilait à travers les forêts et ce parfum ne cessait de l’entourer et de le poursuivre. 
Le chevreuil ne parvenait pas à comprendre d’où venait ce parfum qui ne cessait de le troubler.  C’était comme un appel de flûte auquel il ne pouvait résister. 
Dans sa recherche le pauvre animal se sentait forcé de le poursuivre à travers ravins, forêts et collines, jusqu’à ce qu’un jour il glisse d’un rocher et en tombant se blesse mortellement. Tout en léchant  ses blessures profondes, il découvre à ce moment là, la chose la plus incroyable:
le parfum qui l’avait sans cesse entouré était bel et bien là, attaché à son propre corps dans une glande spéciale

Si nous sommes là aujourd’hui n’est-ce pas grâce  à l’appel fondamental, on pourrait dire, ce parfum étonnant et pénétrant qui a été déposé en nous dès le premier instant de notre existence.
Mais quel est ce parfum et d’où vient-il, ce parfum qui m’appelle, qui engage toute ma vie et lui donne sa couleur propre, qui me lance dans une quête qui me semble toujours sans fin? 
Quel est donc ce parfum comme un appel de flûte, auquel vous ne pouviez résister?  auquel nous n’avons pu résister?

Vous l’avez deviné, c’est cette Sagesse, belle, étonnante, irrésistible, subtile...
cette Sagesse qui nous poursuit en même temps que nous la poursuivons.
pourquoi...?
Tout simplement parce qu’elle est la promesse d’amour déposée en notre être. 
Nous n’y pouvons rien, et pourtant.

Depuis cette première réponse toute tremblante et naïve mais combien dynamique,
Elle s’est mise à l’oeuvre pour la transformer en un engagement libre et toujours plus conscient et actuel.  Pour cela, Elle n’a pas craint de nous faire traverser les déserts, les ravins, les collines.
Et dans cette traversée de la vie, il nous est arrivé de tomber et de nous blesser,
mais dans la brèche de nos blessures, comme le coeur ouvert de Jésus,
nous trouvons la guérison. Le sentiment que nous avions d’aimer Dieu, ce sentiment qui nous a animées et soutenues, la Sagesse l’a  doucement transformé en certitude, la certitude d’être l’Aimée.

Cette proximité  de tous les jours  a produit des effets, car Elle a fait basculer nos schèmes de pensée, nos plans, nos convictions. Il y a même eu des jours où nous avions plutôt l’impression de reculer sur la route, (il paraît que c’est bon signe !... )
alors que notre seul désir était d’aller de l’avant...

Dieu merci, pour ces quelques bonnes enjambées au cours des années.  
Il faut bien se l’avouer, parfois ce parfum nous a conduit là où nous aurions préférer ne jamais aller, mais comme il nous précède, nous entoure et nous accompagne,
avec le temps, nous découvrons que le parfum n’est pas à l’extérieur de nous,
mais tellement proche, si proche même, que nous en sommes  porteuses.
 
Oui, le beau Visage de la Sagesse nous habite
et avec  St-Augustin nous pourrions dire:
“Je t’ai cherché partout et pendant ce temps, Tu étais au-dedans de moi...” 
C’est le jeu de la connivence. 
La Sagesse est plus près de moi que je ne le suis à moi-même.

Chacune, chères jubilaires,
vous êtes entrée dans cette relation avec la Sagesse et le don particulier qui est vôtre, vous l’avez fait fleurir. Sa présence subtile et agissante, va maintenant donner à vos gestes et à vos paroles sens et saveur.
Ce parfum,  vous n’avez pas cherché à le garder pour vous-mêmes mais plutôt, vous l’avez  répandu généreusement là où il y avait des blessures à adoucir. 

Par votre vie, vous êtes devenues, à votre tour, comme un beau chant de flûte, comme un appel pour les personnes de votre entourage. 
Vous avez su réveiller le don de Dieu qui sommeille en leur rappelant qu’elles sont également porteuses du même parfum que vous, car la Sagesse partant du coeur de Dieu s’est répandue en chacune de ses créatures sans distinction
.

Le monde est devenu votre terrain de rencontre et de Dieu et de l’humanité.
Reprenons donc  cette parole du livre d’Osée pour la faire nôtre :
 “Je t’ai aimée” : Eileen, Claudette Larocque, Élaine, Beverly, Desneiges, Claudette Clément, Nicole, Claudette Danis, Rachel, Lillian et Pierrette,
je t’ai aimée dès ton enfance, je t’ai appris à marcher en te soutenant de mon bras,
je t’ai guidé par la tendresse. Je te tiens tout près contre ma joue. J’ai répandu sur toi mon parfum et finalement comme dans ces mots de l’Évangile:
“Tout joyeux, il la prend sur ses épaules et invite ses amis et voisins à se réjouir.”

Oui, le coeur de Dieu n’a pas de frontières et le cheminement que vous avez franchi vous assure qu’à chaque instant c’est l’Amour qui initie la relation, qui la soutient,
et qui lui donne vie.

“De quoi ou plutôt de qui peut-on se réjouir
lors d’un anniversaire de vie religieuse?”
 

Eh bien! Je crois que nous pouvons nous réjouir de cette merveille de création que vous êtes, nous réjouir de la tendresse de Dieu pour chacune, pour le don qui marque votre vie, enfin, pour la poursuite inlassable et amoureuse d’un Dieu qui ramène toujours à la maison celle qu’Il aime. 

Le souhait de ce jour est le suivant:
Que la Parole de Dieu,       
ce parfum auquel vous ne pouvez résister 
ne vous laisse jamais de repos
mais plutôt qu’il continue de bousculer vos vies
pour que dans la  reconnaissance
vous puissiez chanter à votre tour:

“Le Seigneur prépare la table pour moi,

le Seigneur répands le parfum sur ma tête,
Grâce et bonheur m’accompagnent
Pour que j’habite la maison du Seigneur,
tous les jours de ma vie.”

Jubilaires 2010 - Web Album #3 : Amour pour Amour