Réflexion sur le SENS du CARÊME


Par Céline St-Pierre, fdls 
Affiché le 29 février, 2008

CARÊME 2008  -  QUAND LA VIE SE DONNE, LE MONDE RENAÎT.

Le temps du carême en est un de préparation du coeur à accueillir la vie divine que Dieu offre à tous les humains.  Cette grâce s’est exprimée en plénitude en ’homme Jésus, le Fils bien-aimé, la Sagesse Éternelle,  Incarnée, Crucifiée et Ressuscitée. Le sens ultime de la vie humaine est la renaissance, la résurrection, le passage de la mort à la vie, la traversée du désert vers la terre promise, le pèlerinage dans les dédales de la cité terrestre à la libre entrée dans le Royaume de Dieu.  C’est une marche progressive qui fait passer l’être humain de l’extériorité vers l’intériorité, lieu de la vie dans l’Esprit.

La vie spirituelle consiste à vivre toutes ses relations, à soi, au monde, aux autres, à Dieu, dans la justice, l’amour et la liberté.  Quand la dimension spirituelle imprègne, traverse la dimension corporelle et la dimension psychique de l’être humain, elle les transcende et c’est toute la vie qui devient spirituelle.  L’être humain est complexe.  Il est composé de trois dimensions, la dimension corporelle par laquelle il appartient au monde physique, la dimension psychique, laquelle est façonnée par l’environnement social et la culture ambiante et la dimension spirituelle qui est celle du « Je », du sujet, la partie mystère de la personne, celle qui parle en son nom propre.  Le Sujet divin, le « Je Suis », Dieu, qui habite au cœur de l’être humain, l’invite à entrer en relation avec lui.  Il appelle chaque personne à renaître, à ressusciter, c’est-à-dire à être suscité de nouveau dans une relation d’amour confiante et libre avec lui. Pourquoi avons-nous besoin d’être ressuscités ?

À l’origine, tel que raconté au Livre de la Genèse, l’être humain vit dans la relation d’amour et de confiance avec Dieu.  Pour demeurer dans cette relation de Vie éternelle avec Yahvé, il doit obéir à un interdit fondateur, celui de ne pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, sinon pour lui, c’est la mort.  « Yahvé Élohim ordonne au glébeux (le terrien) pour dire : « De tout arbre du jardin, tu mangeras, mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, oui, du jour où tu en mangeras, tu mourras, tu mourras ».(Gn 2, 16-17, traduction d’André Chouraqui). L’être humain, représenté par Adam et Ève, transgresse l’interdit.  Ils quittent la relation de confiance totale ; elle est indispensable pour demeurer  dans la Vie éternelle.  La parole de Dieu écoutée et obéie dans le oui parole de l’être humain établit dans la relation avec l’Éternel.  Dieu et l’être humain communient alors l’un à l’autre dans la confiance,  l’amour et la liberté.

Confiance, amour et liberté, trois maîtres mots de la vie spirituelle.  La liberté existe lorsque la personne a la possibilité d’acquiescer à une invitation de son plein gré. L’être humain est libre d’accueillir la demande de Dieu.  Comme il appartient au monde extérieur par son corps et sa psyché, il est tenté de décider par lui-même,  à partir de ces deux dimensions, de ce qui est bon ou mauvais pour lui.  S’il en reste à ses seules dimensions, il se coupe de la Source, du Dieu Parole qui habite son cœur et qui désire lui communiquer la voie qui conduit à la Vie.    Tentés de décider par eux-mêmes, à partir de leur propre représentation du monde, Adam et Ève quittent la relation de parole avec Dieu, leur dimension intérieure spirituelle.  Ils se fient aux dires de  l’extérieur, ceux des sens, de l’instinct, de l’environnement social, de la culture, des émotions, de la logique et décident par eux-mêmes de ce qui est bon ou mauvais pour eux.  C’est ce chemin qui est terrestre, mortel, éphémère.  Pour renaître, ressusciter, vivre de l’Esprit, il nous faut sans cesse retrouver la Source intérieure.   Se convertir, c’est passer de l’extérieur vers l’intérieur et faire de la Parole de Dieu, de la relation de communion avec lui, notre demeure.  Saisir la main tendue de Dieu donne de renaître.  Quand nous répondons à son appel, nous sommes re-suscités dans la relation de communion avec lui,  don toujours offert.  « Voici, je me tiens à la porte et je frappe.  Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je prendrai le repas avec lui et lui avec moi. »  (Ap 3,20, traduction d’André Chouraqui.)

Il nous faut nous convertir pour vivre toutes nos relations avec nous-mêmes, le monde, les autres et Dieu, dans une relation de  communication avec l’Éternel.  Ce sont toutes les relations vécues dans la profondeur de la dimension intérieure de mystère, d’Esprit, qui constituent la vie spirituelle, même les plus simples, les plus ordinaires, les plus quotidiennes.  Un exemple nous aidera à saisir cela. Une maman peut donner à manger à son bébé en satisfaisant sa faim physique seule.  Elle le nourrit machinalement jusqu’à ce qu’il soit rassasié.  Elle vit sa relation à son enfant dans sa dimension extérieure et de ce fait, le rejoint dans sa dimension corporelle biologique uniquement.  Si elle avait comblé sa faim en souriant, en lui communiquant son amour, en le rejoignant à partir de sa dimension profonde intérieure, elle lui aurait aussi transmis de la joie, de l’amour et l’aurait ainsi initié à la vie spirituelle en lui révélant qu’il n’y a pas que le pain mais qu’existent aussi, la parole, la tendresse et la joie.  C’est le niveau auquel nous vivons nos relations qui font d’elles des relations fonctionnelles ou des relations vécues dans l’Esprit. 

Le carême, tout orienté vers Pâques, est ce moment du cycle liturgique où l’Église nous invite à nous convertir, à passer du dehors au-dedans, de l’ordre biologique et psychique à l’ordre spirituel, de la vie temporelle à celle de ressuscité  Les tentations de Jésus au désert illustrent bien notre condition d’être humain.  Elles nous rappellent que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu.  Comme Jésus, nous sommes tentés d’opter pour ce qui valorise notre condition corporelle et psychique, et comme lui, nous sommes invités à choisir d’habiter dans la relation de  parole avec Dieu, là où nous sommes ressuscités. C’est en écoutant la Parole de Dieu et en la mettant en pratique que nous transcendons notre condition terrestre, que nous imprégnons toutes nos relations d’Esprit-Saint, que nous re-suscitons, renaissons à la vie divine, fils et filles de Dieu.

Par le jeûne, nous nous détachons de nous-mêmes et nous éduquons notre corps et notre psyché afin qu’ils laissent l’Esprit les traverser et les transcender en les pénétrant de lumière et d’amour.   Par l’aumône, nous nous tournons vers les autres et nous implorons l’Esprit de transformer nos cœurs afin qu’ils grandissent dans la justice, la fraternité, le pardon la compassion et la miséricorde.  Par la prière, nous nous adressons à Dieu pour qu’il fasse grandir en nous notre disponibilité intérieure à son amour, à l’écoute de sa Parole et à sa Providence. 

Quand la vie se donne, le monde renaît.  La vie alimente toutes les dimensions de notre être pour que nous vivions dans l’harmonie.  Quand il y a don dans la relation, que la présence s’alimente au Souffle, il y a la possibilité d’engendrer l’humanité en l’autre, d’être à l’origine de sa naissance à sa véritable identité, celle de fils et de fille de Dieu.  «Amen, je te le dis, nul s’il ne renaît d’eau et de souffle, ne peut entrer au royaume d’Élohîm.  Ce qui naît de la chair est chair, ce qui naît du souffle est souffle. »  (Jn 3, 5-6.  Traduction d’André Chouraqui).  La parenté de Jésus, ce sont les êtres humains divinisés par l’écoute et l’obéissance à la Parole.  « « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? »  Il tend sa main vers ses adeptes et dit : « Voici ma mère et mes frères.  Oui, quiconque fait le vouloir de mon père des ciels est pour moi frère, sœur, mère. » » (Mt 12, 48-50.  Traduction d’André Chouraqui).  En ce temps de carême, demeurons dans la Parole, laissons-nous ressusciter par elle et transmettons, par tout notre être, ce Souffle de Vie à d’autres.

Céline St-Pierre fdls